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Trois ans pour faire avancer le semis direct en bio

Le semis direct n’est pas une pratique nouvelle dans les Alpes de Haute Provence. Depuis la fin des années 90, quelques agriculteurs conventionnels ont décidé de diminuer leur travail du sol. D’abord en Techniques Culturales Simplifiées, c’est à dire avec un travail du sol uniquement superficiel et donc sans labour. Ces pionniers sont ensuite passés en semis direct pur en supprimant définitivement tout travail du sol de leur exploitation. Petit à petit, en trouvant les méthodes culturales adaptées (espèces, densité de semis, modes de destruction...), ils ont amélioré les performances de leur système. Certains font par exemple aujourd’hui du semis direct sous couvert vivant consistant à implanter une culture dans une autre culture vivante déjà en place. D’autres sèment dans les résidus de la culture précédente. Quoiqu’il en soit, l’abandon de la charrue leur a permis d’importantes économies de consommation de gasoil et de temps, facilitant ainsi une observation accrue de leurs cultures, indispensable pour surveiller le développement de sa culture ou de son couvert.


QUELLES ADAPTATIONS EN BIO ?

La maîtrise et le contrôle des couverts se fait généralement en conventionnel par l’utilisation (à faibles doses bien souvent) de glyphosate. Du fait de l’interdiction du glyphosate en bio, le contrôle d’une repousse éventuelle du couvert ne peut donc se faire que par le choix d’espèces gélives ou par un travail du sol léger de type scalpage. Le semis direct en bio s’apparente donc plus pour le moment à du travail simplifié. Quelques agriculteurs bio du département se sont également intéressés à ces techniques depuis quelques années. Limitation de l’érosion, maîtrise de l’interculture, augmentation de la vie biologique... Bien maîtrisées, les techniques culturales simplifiées peuvent en effet présenter des avantages agronomiques considérables en bio. « Le défi est de trouver des espèces qui permettent une bonne couverture du sol et qui ne posent pas de problèmes pour la culture ou la récolte en bio » affirme Sébastien Benoit, producteur bio à La Brillanne et pratiquant le semis direct depuis quelques années. Il expérimente par exemple des semis de blé dans un mélange de trèfle et de lotier, avec des apports de fertilisation réguliers (Guanito dans la ligne de semis au semis, complété par une fertilisation de printemps) :« Le semis direct ne marche pas sans faire des apports de fertilisation. Ils permettent aux plantes de bien se mettre en place ».
D’autres producteurs sèment par exemple du sainfoin dans des chaumes de blé ou implantent du blé en direct dans une moutarde en engrais vert.

ANALYSER CES SYSTEMES INNOVANTS POUR MIEUX LES COMPRENDRE ET LES DIFFUSER

Ces différentes initiatives intéressent de plus en plus l’ensemble des agriculteurs bio et non bio. De nombreuses questions se posent néanmoins pour celui qui voudrait s’y lancer : comment gérer l’aspect potentiellement concurrentiel du couvert végétal ? Quelles espèces choisir selon la succession de cultures ? Quelles performances agronomiques, économiques et environnementales de ces systèmes ?
Afin d’accompagner cette dynamique, la Chambre d’Agriculture des Alpes de Haute Provence, Agribio 04, et Arvalis ont déposé une réponse à l’appel à projet CASDAR Agroécologie qui a été retenue.

Le projet démarré en 2014 est organisé en 4 axes de travail pour une durée de 3 ans :
- la réalisation d’un état des lieux des pratiques méditerranéennes en semis direct
- le suivi de parcelles en semis direct bio et non bio : analyse des composantes de rendement, du développement du couvert par rapport à la culture de vente, suivi agronomique de la parcelle tout au long de l’année
- animation des exploitants du groupe afin de hiérarchiser les besoins en matière d’expérimentation et de recherche sur le semis direct en Provence Alpes Côte d’Azur
- élaboration d’un guide des « bons principes » pour la mise en place de semis direct sur les exploitations de PACA.

UNE METHODOLOGIE DE DIAGNOSTIC A LA PARCELLE CHEZ L’AGRICULTEUR

Le cœur du projet consiste donc à suivre des parcelles en semis direct. Pour cela, une méthodologie établie par Arvalis permet, par des notations précises et régulières tout au long des stades de développement du blé, de diagnostiquer in situ un système complexe.
Trois types de données sont rassemblées pour réaliser le diagnostic de la parcelle :
- données agro-climatiques (type de sol, climat...) qui permettent d’estimer un rendement potentiel, c’est à dire le rendement que l’on attend sur un type de sol en fonction du climat de la saison écoulée, sur la parcelle l’année de suivi.
- les facteurs limitants du rendement (maladies, accidents de culture, ravageurs, adventices)
- le détail des composantes de rendement à la récolte (Poids de Mille Grains, nombre d’épis par m², nombre de grains/épis, rendement, taux de protéines).

A la lecture des données recueillies et en reliant les observations au champ et les données climatiques, il est possible de comprendre précisément ce qu’il s’est passé dans le champ et pourquoi le rendement potentiel n’a pas été atteint. A partir de ce diagnostic, des pistes de progrès et d’amélioration des pratiques sont suggérées (choix des espèces, stratégies de fertilisation, gestion des résidus de culture...).

Une dizaine de producteurs, dont 5 bio seront ainsi accompagnés dans ce projet. De nombreuses visites et démonstrations seront organisés sur cette thématique durant les trois prochaines années afin d’échanger au maximum, de se poser collectivement les bonnes questions et d’y trouver des réponses adaptables dans chaque ferme. La mixité des groupes est une réelle richesse et un atout pour avancer dans nos réflexions. Nous vous ferons part de l’avancée des réflexions et des résultats.

Pour plus de renseignements sur le projet, vous pouvez contacter :

Mathieu Marguerie (Agribio 04) : 04.92.72.53.95 ; mathieu.marguerie@bio-provence.org


ET AUSSI...

Retrouvez les fiches expériences ADméd sur la fertilité des sols au lien suivant : http://ad-mediterranee.org/fichesadmed



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